Il était une fois un grand Seigneur nommé Satan qui régnait sur l’Empire du Mal. Habituellement ravi devant ses réalisations néfastes et perverses, voilà qu’il commençait à s’ennuyer. Il avait bien concocté de bonnes idées depuis quelques années - essentiellement concentrées sur des projets terroristes - mais les dégâts étaient toujours les mêmes: quelques dizaines ou centaines de morts, des villes ravagées, des guerres petites et grandes sans cesse ravivées. Il n’allait pas abandonner ce filon, c’était trop facile car les résultats se faisaient rarement attendre, mais...
L’idée lui vint donc de créer une Chose si petite et pernicieuse qu’elle serait invisible à l’oeil nu, et néanmoins susceptible de causer des dommges inédits, cette fois, à l’échelle planétaire. Un projet ambitieux comme il n’en avait pas eu depuis la Deuxième Guerre Mondiale.
Il conçut soigneusement sa Chose et la lança sur la terre au hasard. Elle atterrit dans un marché quelque part en Chine. Puis le Seigneur Satan attendit. Au début, il y eut bien quelques malades, mais rien de phénoménal. Déçu, il commença à croire que son idée était un échec, ce qui ne lui arrivait pourtant jamais. Mais la Chose était bien là, bien vivante, et elle se répandit soudain à une vitesse fulgurante. Les hôpitaux se remplissaient, les gens mouraient, d’abord par dizaines, puis par centaines, par milliers. Les hommes étaient omnubilés et la science, dépourvue de solutions. C’était parfait. Ne lui restait plus qu’à observer avec ravissement la catastrophe qui s’abattait toujours plus violemment sur le genre humain.
Pourtant, ceux qui attrapaient la Chose n’en mouraient pas tous, et les savants des Choses commençaient à croire qu’ils en viendraient à bout, malgré tout. Une course effrénée s’était engagée à l’échelle mondiale... On y arriverait, c’est certain.
N’empêche que les hommes avaient encore plus de questions que de réponses. Voyant cela, le Seigneur Satan continuait de se péter les bretelles et assistait avec un ravissement jouissif au spectacle morbide qui dépassait désormais ses propres attentes. Des statistiques diaboliques s’affichaient sur tous ses écrans et il en frémissait de plaisir chaque fois qu’il les contemplait. Des millions de morts, et trop d’humains ignares qui refusaient de respecter les consignes les plus élémentaires. Décidément son projet dépassait ses espérances, mais il n’était pas au bout de ses surprises.
Éventuellement chez les hommes, on commença à comprendre qu’un malade soi-disant guéri de la Chose pouvait ne l’être... qu’en apparence. Ainsi, le soi-disant rétablissement serait bien éphémère et les séquelles plus pernicieuses et plus accablantes que la maladie elle-même: le corps mystérieusement miné, diminué, affaibli, malade. Le vaccin miraculeux tant espéré ne verrait peut-être pas le jour, la race compromise à jamais.
Et depuis son coin de Paradis Perdu, le Seigneur Satan vit que cela était bon.
Ma foi, Satan s'amuse beaucoup! L'espèce humaine ne sera jamais plus forte que son maillon le plus faible. Tant qu'elle n'aura pas compris cela, elle sera toujours à sa merci. Les moyens ne manquent pas de le tenir en respect: éducation, soins de santé, partage des richesses, etc. Comprendrons-nous tous ensemble un jour?
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