À pareille date ou environ l’an dernier, la cathédrale Notre-Dame de Paris s’effondrait, événement dramatique s’il en fut, en particulier pour toutes les sphères de l’Église. Une perte monumentale également au plan historique et culturel mondial. Pendant que nous observions l’écroulement de sa célèbre flèche, ce qui semblait marquer la fin subite d’une époque, je me rappelle trop bien le commentaire du journaliste de Radio-Canada, Alain Crevier. Il se demandait tout haut ce que beaucoup d’entre nous osions penser sans le dire, que cet événement était peut-être le signe que nous assistions à la ‘fin’ de l’Église telle que nous l’avions connue, un symbole visible de sa déchéance.
Pourtant il n’y a pas eu de morts, pas de grands blessés, rien qu’une vive conscience de la disparition d’un élément central du patrimoine français. Sans compter qu’on n’a pas vraiment répondu à la docte question depuis. Elle reste en suspend, le doute continuera de planer sans doute pour longtemps encore.
Aujourd’hui par contre, le drame est bien différent. Il ne concerne pas seulement les Catholiques, les historiens ou les férus d’architecture: notre Virus est en voie de ratisser la planète entière. Il fait fi des religions, des opinions politiques, des statuts sociaux. Il sème la mort à tout venant, il est le plus fort, et il est imprévisible. De nombreuses prédictions sont sans cesse déjouées tandis que les autorités rajustent leur tir, avec de maigres résultats. Trop peu, trop tard, clament les spécialistes. Pourtant, jamais nous n’aurons été aussi réglementés, disciplinés, observés, surveillés.
Mais ce confinement-jamais-vu auquel nous sommes soumis donne néanmoins naissance à une nouvelle et réjouissante réalité: la compassion et le rassemblement spontanés de la race. Cet avènement n’est rien de moins que l’agapè, ce grand principe d’amour-charité que l’apôtre Paul prêchait avec tant d’enthousiasme, sans parler de son enseignement acharné par l’Église depuis deux millénaires. Mais l’a-t-on vraiment appris?
Me semble-t-il que malgré la misère incommensurable engendrée par la pandémie, on peut se réjouir d’un détail non négligeable : cette fois, l’apprentissage - fut-il forcé - de l’agapè n’a rien à voir avec quelque religion. Il est, tout simplement, authentiquement humain. Espérons qu’il n‘est pas près de s’évaporer.
N’empêche que, dans leur coin d’éternité, Jésus, Bouddha et Mahomet doivent bien esquisser un petit sourire.
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